Le français occupe depuis plusieurs décennies une place importante dans la vie intellectuelle, scientifique et culturelle de l’Algérie. Mais cette position semble aujourd’hui fragilisée par la progression de l’anglais dans l’enseignement supérieur et dans plusieurs secteurs de la société.
Dans une tribune publiée dans « Le Monde », un collectif d’intellectuels et de citoyens algériens, ainsi que des membres de la diaspora, s’inquiète d’une marginalisation progressive du français qu’il juge davantage motivée par des considérations idéologiques que par une véritable politique linguistique.La question des langues demeure particulièrement sensible en Algérie. Héritage de l’histoire coloniale, le français a longtemps conservé une place importante dans l’éducation, la recherche scientifique, la littérature, les médias et le monde professionnel. Même après l’indépendance du pays en 1962, son usage s’est maintenu dans de nombreux domaines, notamment dans l’enseignement supérieur et certaines professions.Cette place est toutefois remise en question depuis plusieurs années. L’anglais gagne progressivement du terrain, notamment dans les universités et dans les domaines scientifiques. Pour ses défenseurs, cette évolution répond à une réalité internationale : l’anglais domine aujourd’hui une grande partie de la production scientifique, des technologies, de l’économie numérique et des échanges universitaires.Mais pour les signataires de la tribune, cette évolution ne devrait pas conduire à marginaliser le français. Ils considèrent que cette langue appartient désormais à l’histoire intellectuelle et culturelle de l’Algérie. Son usage ne serait donc pas uniquement lié à l’héritage colonial, mais également à une production littéraire, scientifique et culturelle développée par plusieurs générations d’Algériens.La littérature algérienne d’expression française constitue notamment une partie importante de ce patrimoine. Des écrivains comme Assia Djebar, Kateb Yacine ou encore Rachid Mimouni ont contribué à faire connaître la littérature algérienne au-delà des frontières nationales. Le français a également servi de langue de recherche et de communication dans de nombreux secteurs universitaires.La montée de l’anglais pose ainsi une question plus large : comment moderniser la politique linguistique sans effacer une partie de l’héritage intellectuel du pays ?Pour les auteurs de la tribune, le débat ne devrait pas nécessairement opposer français et anglais. Ils défendent plutôt une approche permettant à l’Algérie de conserver les avantages liés à la maîtrise du français tout en développant l’apprentissage de l’anglais. Une telle stratégie pourrait permettre aux étudiants et aux chercheurs de bénéficier de plusieurs espaces linguistiques au lieu de remplacer progressivement une langue par une autre.Cette réflexion intervient alors que l’Algérie cherche parallèlement à renforcer sa présence dans les réseaux universitaires internationaux. La création en 2026 d’une chaire consacrée à l’émir Abdelkader à l’Université d’Oxford illustre d’ailleurs la volonté du pays de valoriser son patrimoine intellectuel dans les échanges académiques internationaux.Derrière la controverse linguistique se trouve donc un enjeu plus profond : celui de la manière dont l’Algérie souhaite construire son identité culturelle et scientifique dans un monde où l’anglais occupe une place de plus en plus importante. Pour les signataires de la tribune, la modernisation ne devrait pas nécessairement passer par l’abandon d’une langue qui, malgré son histoire controversée, est devenue au fil des générations un élément du patrimoine intellectuel algérien.





