Après plusieurs mois de calme relatif autour de Khartoum, la capitale soudanaise et plusieurs localités du nord du pays ont de nouveau été visées par des frappes de drones. Ces attaques, attribuées aux Forces de soutien rapide, interviennent dans une guerre qui oppose depuis avril 2023 les paramilitaires de cette organisation à l’armée soudanaise.
Le recours croissant aux drones transforme progressivement le conflit et permet aux deux camps de frapper des zones éloignées des principales lignes de front.
La guerre qui ravage le Soudan depuis plus de trois ans oppose principalement les Forces armées soudanaises, dirigées par le général Abdel Fattah Al-Burhan, aux Forces de soutien rapide, les FSR, commandées par le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ».Après de violents combats dans la capitale, l’armée soudanaise a repris le contrôle de Khartoum et de ses environs en mars 2025. Les FSR ont, de leur côté, conservé une forte présence dans l’ouest du pays, notamment au Darfour, ainsi que dans plusieurs zones du Kordofan.Cette nouvelle configuration militaire n’a cependant pas mis fin aux affrontements. Les drones permettent désormais aux forces paramilitaires de mener des attaques contre des territoires contrôlés par l’armée sans avoir besoin de lancer immédiatement une offensive terrestre de grande ampleur.Déjà en mai 2026, plusieurs frappes attribuées aux FSR avaient touché Khartoum et ses environs. L’aéroport de la capitale avait notamment été visé le 4 mai, quelques mois seulement après sa réouverture. Une autre frappe avait touché un véhicule civil à Omdourman, faisant cinq morts selon Emergency Lawyers, tandis que plusieurs attaques avaient visé Djebel Aulia, au sud de la capitale.Le phénomène ne concerne toutefois pas uniquement Khartoum. Les frappes de drones se sont multipliées dans plusieurs régions du pays, notamment au Kordofan et au Darfour. L’armée soudanaise utilise elle aussi des drones contre les positions des FSR, faisant de cette technologie l’un des principaux instruments de la guerre.L’ampleur des conséquences sur les civils inquiète particulièrement les organisations internationales.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 880 civils auraient été tués par des frappes de drones entre janvier et avril 2026. L’ONU estime que ces attaques représentent plus de 80 % des décès de civils liés au conflit durant cette période.L’utilisation des drones change ainsi la nature du conflit. Alors que les combats terrestres peuvent être ralentis par les conditions météorologiques ou les difficultés logistiques, les drones permettent aux deux camps de maintenir une pression militaire à distance.
Cette évolution complique également les efforts visant à stabiliser le pays. Le contrôle de Khartoum par l’armée avait pu laisser espérer une amélioration progressive de la situation dans la capitale. Mais les frappes montrent que les FSR disposent encore de capacités leur permettant de perturber les zones contrôlées par leur adversaire.Pour les populations civiles, cette évolution constitue une nouvelle source d’inquiétude. Les attaques ne se limitent plus aux zones directement situées sur les lignes de front et peuvent toucher des infrastructures, des véhicules ou des zones urbaines.
Plus de trois ans après le début de la guerre, le Soudan reste donc plongé dans une crise militaire et humanitaire majeure. La multiplication des frappes de drones montre surtout que, malgré les changements territoriaux et les périodes d’accalmie, aucun des deux camps ne semble encore en mesure d’imposer rapidement une solution militaire définitive.
FODE CAMARA




